VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER - 1978

Titre VF VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER
Titre VO The deer hunter
Année de réalisation 1978
Nationalité Etats-Unis
Durée 3h00
Genre GUERRE
Notation 17
Date de sortie en France 23/03/1979
Thème(s)
Guerre du Vietnam
Oscar du Meilleur Film
Stalags et autres camps disciplinaires
Tortures
Chasse
Roulette russe (tous pays confondus)
Motels (Cinéma américain)
Jeux (bingo) (tous pays confondus)
Réalisateur(s)
CIMINO Michael
Chef(s) Opérateur(s)
ZSIGMOND Vilmos
Musique
MYERS Stanley WILLIAMS John
Renseignements complémentaires
Scénario : Michael Cimino,
Deric Washburn, Louis Garfinkle
et Quinn K. Redeker .....
Distribution : Artistes Associés

Visa d'exploitation : 49 995

Nota :

- Oscar 1979 du Meilleur Film

- Oscar du Meilleur Second Rôle Masculin (Christopher Walken)

- Oscar du Meilleur Réalisateur
Acteurs
DE NIRO Robert
CAZALE John
SAVAGE John
WALKEN Christopher
STREEP Meryl
DZUNDZA George
ASPEGREN Chuck
STOLER Shirley
WRIGHT Amy
ALDA Rutanya
GRIFASI Joe
KAPLAN Mady
HEANEL Mary Ann
KUSS Richard
BECKER Tom
COLOMBI C. junior
KARNAFEL Victoria
KONGKHAM Lynn
TOMKO Helen
SEGUI Pierre
SCARDINO Jack
STRAND Joseph
D'AMATO Paul
WATLINGTON Dennis
DARROW Charlene
DISKO Jane colette
WOLLET Michael
BEARD Robert
DZIZMBA Joe
KOPESTONSKY Stephen
DEVORE Frank
BUCHMELTER 3 John F.
BURROUGHS Dale
HICKS Parris
HARRIS Bob
THINGVALL Joel
BRUTSCHE Jerry
BALCHOWSKY Max
Résumé

Un petit village de Pennsylvanie. Cinq amis d'origine lituanienne, tous ouvriers métallurgistes dans l'usine locale, se préparent à fêter le mariage de l'un d'eux ainsi que le départ de trois autres à la guerre du Vietnam. Une dernière chasse au daim pour sceller leur fraternité et nous voilà dans l'enfer de la brousse, prisonniers des Viets avec leurs incroyables tortures physiques et morales...

>>> Un incontestable et incontournable chef-d'oeuvre où l'Amérique recrache ses blessures et ses culpabilités guerrières dans un délire de sang, de folie et de mort...

Bibliographie
- Positif numéros 216, 217, 246, 247 et HS 1992
- Fiche de Monsieur Cinéma
- Télérama numéro 1523
- Ecran numéro 78
- Cinématographe numéros 46 et 116
- Saison Cinématographique 1979
- Les Inrockuptibles numéros 231 et 496
- La Revue du Cinéma numéro 337
- Cinéma numéro 244
Critiques (Public)
Le sujet du film de Cimino est moins la guerre du Viet-Nam proprement dite que ses séquelles. La guerre, essentiellement concentrée dans le "huis-clos" de la roulette russe sur le fleuve, dans la déambulation nocturne de Nick et dans le retour de Mike à Saïgon, ne prend que le quart du temps total du film. L'objet de Cimino est la vie communautaire (ce qui nous vaut des séquences ethnologiques toute la première heure du film). Une vie communautaire vue à la fois du point de vue du groupe et de celui de l'individu, et qui va accuser le coup pour ce qui arrivera à ses "héros". Le film est certes passionnant (que ce soit pour son rythme ou pour ses acteurs, tous magnifiques, seconds rôles compris), mais Cimino reste un cinéaste essentiellement réactionnaire ("God bless América, from the mountains to the prairies, etc." qui vient conclure le film) pour qui le comble de la déchéance américaine a été cette pathétique roulette russe devant un parterre de Viets grimaçants. Un film admirable pour sa conduite, détestable pour son idéologie.  (ELIE ELIE)

"Voyage au bout de l'enfer" .... Un film remarquable, tant du point de vue de la réalisation que de l'interprétation. Dans les seconds rôles, Christopher Walken est particulièrement inspiré. En fait toute l'histoire tourne autour de lui. Si certains peuvent reprocher à Cimino de montrer les Viets en "méchants", notamment sur le fleuve et a la roulette russe, on peut cependant ne pas apprécier ce film terrible et bien trop réaliste pour passer inaperçu. Les prises de vues et la musique viennent compléter ce film très réussi et justement primé aux Oscars. 

Réalisme, tristesse et sang réunis en un film où l'émotion submerge le visionneur dès les premières images. De Niro fabuleux. 

Une oeuvre purement bouleversante, d'une rare virtuosité, film dense et majestueusement filmé, à la fois magnifique éloge à la nature et terrible description d'une Amérique marquée par un traumatisme encore brûlant, ré-ouvrant des blessures toujours vivaces. Cimino filme comme nul autre les cérémonies religieuses et communautaires, les scènes de chasse, les parties de roulette russe. Chaque plan émeut, chaque image prend aux tripes, pour finir dans un torrent de sang et de larmes. Inoubliable.

Il faut absolument maîtriser ses pulsions au sujet de ce film porté uniquement par deux séquences piliers, une de joie, l’autre de malheur, nommées mariage et roulette russe, dont la passerelle menant de l’une à l’autre, est un air de piano apaisant les derniers débordements de cinq sidérurgistes buveurs et batailleurs. L’œuvre est dangereuse et récupératrice, l’Asiatique est montré violent, joueur, putassier. Certaines scènes extrêmement efficaces n’alimentent la matière que d’une seule carte potentiellement endormie au fond de chacun de nous. Une haine manichéenne, sans frontières, uniquement basée sur l’attribution d’un rôle de bon et de méchant, antique loi de nos jeux d’enfants. Pour l’Américain le méchant c’est le Viet, pour le Viet c’est l’inverse le tout avec la couleur rouge comme terrain de jeu. Personne n’est parfait dans cette bourgade bâtie autour d’une architecture métallique d’intestin grêle fumant. Que ce soit dans ce stress évacué le soir à la bière en jouant au billard, de ces coups d’un père ivre mort pleuvant sur une fille qu’il ne reconnaît plus, de cette chaleureuse soirée de mariage ou tout dégénère subitement. Ces hommes, aux dérives toujours partantes, sont entamés, déstructurés par le fil rouge de leurs existences, une dominance gravitationnelle envers le sacerdoce de toute une vie, l'usine. Toute cette virilité de district, accompagnée de quelques parcelles de tendresses, est délocalisée loin de ses bases dans un contexte plus fort où les composants d’une violence d’état sont réactualisés à l’extrême. Chez soi on tire le chevreuil, on se rudoie. Ailleurs la barre est haute, on tient toujours une arme, mais cette fois-ci braqué contre soi. Emotionnellement ce film, malgré sa longueur, détient quelques minutes de lumière offertes loin de sa forteresse de comportements simplistes. L’homme devient digne de ce nom quand il est confronté à une violence insoutenable. Il se transcende, soutient son frère d’infortune au bord de la syncope, pistolet collé à la tempe, en lui imposant la force d’une auto destruction que l’on espère reportée. Ces hommes, déconnectés le temps d’une guerre de la chasse et de la canette, subissent de plein fouet l’emprise d’un feu bien plus nourri que celui subi sur leurs lieux de travail. Ce déracinement, offrant rats, gifles, tripots et eaux jusqu’au cou, incrémente une nouvelle vision des choses, l’homme prend conscience du véritable sens de son existence, dans un contexte où elle ne vaut plus rien. JIPI