CHANSONS DU DEUXIEME ETAGE - 2000

Titre VF CHANSONS DU DEUXIEME ETAGE
Titre VO Sanger fran andra vaningen
Année de réalisation 2000
Nationalité Suède / France
Durée 1h38
Genre EVOCATION
Notation 17
Date de sortie en France 11/10/2000
Thème(s)
Sacrifices humains (tous pays confondus)
Cinéma suédois (ORIGINE)
Folies, démences et autres dérangements de l'esprit (Cinéma suédois)
Dépression (tous pays confondus)
Fourmis (tous pays confondus)
Réalisateur(s)
ANDERSSON Roy
Chef(s) Opérateur(s)
BORBAS Istvan KOMAREK Robert
Musique
ANDERSSON Benny
Renseignements complémentaires
Scénario : Roy Andersson
Distribution : ARP Selection

Visa d'exploitation : 99 829
Acteurs
ANDERSSON Sten
FAHLSTROM Torbjorn
ERIKSSON Hanna
JOHANSSON Tommy
JORNELIUS Per
LARSSON Stefan (2)
MUELLER Joran
NORDH Lars
NUNEZ Rolando
OLSSON Klas-Gosta
OLSSON Sture
ROTH Peter (2)
SJOGREN Fredrik
STENFELT Eva
SODERHOLM Hasse
UUCINIA Lugio
VUCINO Lucio
Résumé

Dans un pays intemporel, une journée apparemment comme plein d'autres, dans un monde où règne l'absurdité, la folie et l'incompréhension, où nous suivons les déambulations errantes du dénomme Kalle dont le fils, poète, s'est réfugié dans la démence. Il va côtoyer une foule de personnages décalés dans une existence sans tropisme ou le tragique se dispute avec la comédie, le ridicule avec la grâce...

>>> Oeuvre indéterminée, intemporelle et profondément perturbante qui fascine et trouble par la richesse de ses moult tableaux, au pessimiste souvent insondable...

Bibliographie
- Fiche de Monsieur Cinéma
- Annuel du Cinéma 2001
Critiques (Public)
Film captivant, on sent l'influence (c'est un compliment) de Bunuel et de Fellini. Télérama n'a pas aimé : est-ce à cause des crucifix jetés à la décharge, in fine? Je n'ai pas tenu compte des remarques dédaigneuses d'un M. Louis Guichard et je m'en félicite. 
J'approuve votre note 17 sur 20. 
Y LEROY ST MEEN LE GD 35290

Sous les lampes ultraviolettes, Pelle se fait bronzer avant de partir pour Barcelone. A Lennart qui lui rend visite, il lance "Pourquoi rester là où il y a la misère ?" Ayant un rendez-vous avec Pelle, Lasse, qui n'a jamais manqué un jour de travail, repousse sa femme qui lui demande de rester avec elle. A la recherche d'un certain Svensson, un étranger se fait tabasser dans la rue, dans l'indifférence des passants qui attendent le bus. Un magicien entreprend de couper en deux à la scie un spectateur volontaire. Il s'interrompt quand l'homme commence à pousser des cris de douleur. Le visage maculé par les cendres, Karl arrive dans un bar un sac remplis de papiers à moitié consumés dans la main : ce qui reste de la comptabilité de son entreprise. Il a mis le feu à son magasin de meubles où il reçoit ensuite les experts envoyés par la compagnie d'assurances. Karl, accompagné de son fils Stefan, se rend à l'hôpital psychiatrique où est interné son autre fils, Thomas, que ses poèmes ont rendu fou, si l'on en croit son père. Karl va ensuite confier ses malheurs à un pasteur qui lui réplique que lui aussi est désespéré : il cherche en vain à vendre sa maison depuis quatre ans. Stefan, qui est chauffeur de taxi, conduit un militaire à la clinique Saint Georges où il doit faire un discours pour les cent ans de son ancien commandant, maintenant complètement gâteux. Uffe convainc Karl de se lancer dans le commerce de crucifix, car en 2000 c'est "l'anniversaire de ce type-là", ajoute-t-il en montrant le Christ sur une croix. Près d'une carrière, une foule rassemblée là attend qu'on sacrifie une jeune fille, Anna, en la précipitant dans le vide. Karl va jeter ses crucifix dans une décharge publique.

Construit sur une succession de séquences qui ne se répondent pas toujours directement, Chansons du deuxième étage est un film qui ne se résume pas facilement. Peu ou pas d'intrigue au sens classique du terme, Roy Andersson joue sur l'ambiance générale : une ville grise quasi paralysée par des problèmes de circulation et des personnages englués dans des difficultés diverses. Il joue également sur une extrême maîtrise et rigueur techniques : plans extrêmement soignés et composés avec précision, travail sur la photographie et ce ton froid et métallique des images. Nous sommes là aux antipodes du Dogme, le réalisateur privilégiant la caméra fixe et le travail en studio dans des décors aux accessoires méticuleusement choisis et disposés. Pas de place ici à l'improvisation. Pas de place au sentimentalisme non plus, juste peut-être à un peu de pitié pour ces humains malmenés par une société qui n'a plus rien d'humain et qui semblent régresser jusqu'à en revenir à des pratiques d'un autre âge : le sacrifice de la jeune fille par les autorités politiques, militaires et religieuses, l'étrange procession de flagellants qui semblent presque sortis tout droit du Septième sceau. Faut-il voir là une des raisons de l'intérêt d'Ingmar Bergman pour le film de son collègue suédois ? Je le cite : "Un accomplissement, un film parfaitement génial". Quelques leitmotivs, comme ce "Bienheureux ce qui s'assoient", citation du poète Cesar Vallejo, ou "Il y a un temps pour tout", sont repris de séquence en séquence par divers personnages et servent en quelque sorte de liens entre plusieurs moments du film. La première de ces répliques propose d'ailleurs l'une des deux dernières possibilités laissées aux protagonistes de l'histoire, coincés dans un univers absurde, implacable, cauchemardesque, pour ne pas totalement renoncer : prendre un peu de repos. Une autre solution leur est également plusieurs fois proposée : la fuite, mais celle-ci est bien problématique comme l'illustre la séquence des voyageurs cherchant à approcher les guichets du hall de départ d'un aéroport (progression comme au ralenti, lourdeur des bagages, rivalité entre les futurs passagers). Roy Andersson joue également sur un humour froid et glacial, mais toujours extrêmement caustique et efficace. On pourra sans doute reprocher au réalisateur un symbolisme parfois facile (le poète interné en hôpital psychiatrique), mais on ne pourra pas reprocher à son film sa grande originalité et son étonnant et inquiétant pouvoir de fascination. Un film auquel il faudrait bien évidemment consacrer plus que les quelques lignes qui précèdent.

Chansons du deuxième étage (Sånger från andra våningen) ; Production : Studio 24, Nordisk Film & TV-fond, Arte, SVT Drama, Svenska Filminstitutet ; Scénario : Roy Andersson ; Photo : István Borbás ; Musique : Benny Andersson ; Montage : Roy Andersson ; Producteurs : Roy Andersson & Lisa Alwert; Directeurs prod.: Pehr Arte, Johan Carlsson & Jens Munter ; Prod. exécutif : Philippe Bober ; Conseiller : Kalle Boman ; Son : Jan Alvermark ; Ass. son : Christian Christensen, Jesper Van Dongen, Jens Munter & Anders Nyström ; Ass. photo : Jesper Klevenås ; Éclairage : Martin Björkqvist, Fredric Larsson, Erik Lundberg, Dean Smith, Fredrik Carlsson & Johan Hultenheim ; Costumes : Leontine Arvidsson ; Accessoiriste : Johanna Bernhardson ; Maquillage : Ulrika Skantz ; Effets spéciaux : Robert Komarek ; Interprétation : Lars Nord (Kalle), Stefan Larsson (Stefan), Bengt C. W. Carlsson (Lennart), Torbjörn Fahlström (Pelle), Sten Andersson (Lasse), Hanna Eriksson (Mia, l'amie de Stefan), Peter Roth (Thomas), Lucio Vucina (le magicien), Tommy Johansson (Uffe), Sture Olsson (Sven), Klas Gösta Olsson (le colonel), Hasse Söderholm (le géréral en chef), Jöran Mueller (l'économiste), Eva Stenfelt (la psychologue), Rolando Nuñez (l'étranger), Helene Mathiasson (Anna), Per Jörnelius (l'homme scié), Fredrik Sjögren (le pendu russe), Nils-Åke Eriksson (le premier malade), Stephen Whitton (le deuxième malade), Kristina Ranch Huikkala (la femme de Lasse), Tylar Gustavsson (l'amant de Pelle), Birgitta-Irene Lundberg (l'assistante du magicien), Birgitta Hedberg (la femme dans le bar), Inger Christell-Malmberg (la patronne du bar), Birgitta Persson (la femme de Pelle), Jan Steen (le premier médecin), Siv Wagenius (la première infirmière), Lasse Finberg, Tomas Johansson & Johan Bergenlöw (les agresseurs de l'étranger), Birgitta Gustafvsson (la maîtresse de Kalle), Jonny Tholwar (le clochard), Ingela Persson (Susanne), Jörgen Grundström (Micke), Orvar Lidsell & Hans Eriksson (les assureurs), Birger Hedlund (le pasteur), Peter Rudbeck (le sacristain), John Gustafsson & Stigh Holm (médecins de la clinique), Barbro Herin, Ann Britt Nilsson & Marjatta Grahn (infirmières de la clinique), John Hallberg (l'amiral Bengtsson), Rune Falk (Rune), Jan Olsson (l'assistant d'Uffe), Jan Wikbladh (l'homme aux doigts coincés), Lennart Ehrenlood (le conducteur), Åke Wärnling (le vieil homme), Gun Fors (la vieille femme), Conny Linteg & Gunnar Ivarsson (les passagers), Tanya Lylyoja (la femme de Thomas), Ingegerd Norr (la grand-mère), Erik Olausson (le professeur Frank), Stig Lundström (le président), Berndt Dabel (le docteur Wendt), Karna Wachtmeister (la femme de l'économiste), Anders-Per Jonsson (le quatrième médecin), Björn Frisk (le général), Stig Hellsten (l'évêque), Kurt Rudberg (le père d'Anna), Marie Christine Johansson (la mère d'Anna), Anders Bröms (le syndicaliste) ; 98 mn ; Sortie en Suède : 6 octobre 2000 ; Sortie en France : 11 octobre 2000.

TEXTE ET CRITIQUE (1°2°3°) REDIGES PAR Denis BALLU