BATAILLE DANS LE CIEL - 2005

Titre VF BATAILLE DANS LE CIEL
Titre VO Batalla en el cielo
Année de réalisation 2005
Nationalité Mexique
Durée 1h28
Genre DRAME
Notation 17
Date de sortie en France 26/10/2005
Thème(s)
Armée (Autres pays)
Prostitution (Cinéma mexicain)
Cinéma mexicain (ORIGINE)
Chauffeurs (de maître) (tous pays confondus)
Masturbation (tous pays confondus)
Obésité (Autres pays)
Réalisateur(s)
REYGADAS Carlos
Chef(s) Opérateur(s)
MARTINEZ VIGNATTI Diego
Musique
TAVENER John
Renseignements complémentaires
Scénario : Carlos Reygadas
Distribution : Bac Films

Visa d'exploitation : 109 422
Acteurs
HERNANDEZ Marcos
MUSHKADIZ Anapola
RUIZ Bertha
BORNSTIEN David
RAMIREZ Rosalinda
EL ABUELO
ANGULO Brenda
EL MAGO
"EL GATO" MARTINEZ Francisco
MAYAR Alejandro
MARTINEZ VIGNATTI Diego
NAVO Chavo
TAMARIZ Estela
VELAQUEZ Ernesto
Résumé

Le dénommé Marcos, à l'imposant embonpoint, est le chauffeur attitré d'un général et l'amant épisodique d'Ana, la fille de son patron qui se prostitue par plaisir dans une ubuesque maison de passe. Marcos et son énorme épouse sont responsables de la mort d'un enfant qu'ils venaient d'enlever et dont ils espéraient obtenir une conséquente rançon. L'homme, profondément traumatisé, égaré dans sa culpabilité, confesse son crime à sa jeune maîtresse qui lui demande de se livrer à la police...

>>> "Un ovni cinématographique" d'une incroyable virtuosité dont bien des spectateurs troublés ne retiendront hélas que les puissantes scènes érotiques...

Bibliographie
- Fiche de Monsieur Cinéma
- Annuel du Cinéma 2006
Critiques (Public)
Présenté au dernier Festival de Cannes, en sélection officielle, ce film a créé la polémique. Pour sûr, la séquence inaugurale ne peut laisser indifférent. Quand pornographique rime avec politique, cela donne un film très intéressant dans le cadre d’une production cinématographique actuelle plutôt consensuelle. Bataille dans le ciel prend souvent le risque de laisser le spectateur en plan mais, pour finir, celui-ci sort de la salle interloqué, bousculé, conscient d’avoir fait un voyage au plus près de la vérité mexicaine, dure, âpre, sans concession. Rencontre avec Carlos Reygadas...

Pour moi, ce film est un documentaire sur le Mexique, êtes-vous d’accord ?
Oui, c’est vrai, il y a une vocation documentaire très forte dans ce film. Mais si le contenu est documentaire, la forme est de la fiction. A la fin, il y a une sorte de symbiose ...étrange.

Vous avez tourné caméra à l’épaule, avec des acteurs non professionnels … Cela sert aussi l’effet documentaire.
Oui et non ! Ils ne font pas dans le film ce qu’ils font dans la vie. Ils sont là pour servir le propos du film. Ils servent la fiction mais apportent une présence documentaire par leur jeu, leur maquillage, ils portent leurs vrais vêtements… Marcos est effectivement chauffeur, fonctionnaire du Ministère de la culture depuis 25 ans mais sa femme dans le film est vendeuse de denrées alimentaires près d’une station de métro.

Votre travail avec les acteurs est-il comparable avec celui de Mike Leigh ? Comme lui, vous ne leur donnez pas le scénario à lire.
Je fais complètement l’inverse de Mike Leigh. Il explique à ses acteurs ce qu’ils font, d’où ils viennent, où ils vont, faisant appel à beaucoup de psychologie. Il les met dans un état d’esprit qui sert leur personnage. Moi je fais le contraire. Je veux simplement que les acteurs disent par cœur les mots que je leur apprends juste avant de tourner, qu’ils fassent ce que je leur dis juste avant. Pour moi, la psychologie n’est pas nécessaire. Pour moi c’est la présence des corps qui compte.

Avez-vous obtenu facilement de vos acteurs qu’ils se dénudent ? Ils vous ont fait confiance ?
Oui, tout à fait ! Tout le monde ne veut pas tout contrôler ! C’est une question de climat et de convention sociale. Evidemment, en Iran, si vous êtes en chemise cela crée un scandale. En Angleterre par exemple, on n’a pas pu sortir l’affiche avec le sein découvert.

Mais vous saviez que la scène de la fellation allait choquer !
Si cela provoque, si cela fait scandale, pour moi, ce n’est pas le centre du film.

Est-ce que vous diriez que ce film est un film militant qui traite de la lutte des classes ?
Oui ! Mais ce n’est pas militant, c’est une observation de la réalité, tout simplement. Il n’est pas besoin de militer. Il suffit d’ouvrir les yeux. Il y a une lutte des classes assez forte dans le monde et elle est particulièrement forte au Mexique.

J’ai été gênée par le côté caricatural des personnages ; Carlos est laid, sa femme est obèse et sans scrupules. La fille de son maître, avec laquelle Carlos a des relations sexuelles est super jolie. Bref, les pauvres sont gros et moches et les riches sont minces et beaux !
Alors si c’est une caricature, c’est pourtant comme ça ! Allez voir ! Il y a des exceptions des deux côtés mais c’est ainsi.

On assiste à la dérive de Carlos en proie à la culpabilité … La femme de Carlos est d’une insensibilité abjecte … Cette fille de riche se prostitue… elle prend du plaisir à ça mais on ne la comprend pas … Dans votre film, il y a une sorte de décadence morale mais personne ne semble en souffrir, c’est ce qui est terrible.
Exactement ! Avec l’individualisme, c’est le cas de tout le monde aujourd’hui. Il y a de plus en plus de gens qui dépriment mais on semble plus content que jamais. Je pense que l’individualisme, le consumérisme ont cet effet. Evidemment, personne ne semble en souffrir, mais tout le monde en souffre. Il y a une angoisse partout, un manque de sérénité énorme, un éloignement de soi-même très fort.

Il y a aussi un manque d’émotion chez vos personnages.
Je pense qu’il s’agit plutôt d’une incapacité à communiquer et à s’exprimer.

Comment interpréter la fin, avec ce pèlerinage où se rend Carlos ?
Toutes les sociétés ont créé des systèmes de nettoyage de la conscience, de la mauvaise conscience.

Vous avez un côté pessimiste.
Non ! Non ! Je pense que nous allons mieux quand nous prenons conscience de nous. S’il y avait plus d’écoles, les choses iraient mieux, ainsi que plus de communication, une réelle prise de conscience, une réponse aux besoins essentiels … et je crois à l’espoir. Il y a toujours l’espoir que cela aille mieux.

Propos recueillis par Elsa Nagel

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